


Depuis quarante ans, Philippe Sarde est l’un des plus fascinants ambassadeurs de la musique à l’image, capable de vertigineux grands écarts entre Claude Sautet (son père de cinéma) et Georges Lautner, entre Robert Bresson et Jean-Jacques Annaud. À leurs côtés, il développe une écriture baroque, basée sur des mélanges extravagants (un thème de thriller sur un rythme de tango dans Coup de torchon), enrichie par des solistes hors pair (les Chieftains, Stan Getz, Herbie Hancock, Chet Baker, Ivry Gitlis). La force de Philippe Sarde est d’être d’abord un homme de cinéma avant d’être un homme de musique. Personnage fantasque et sensible, attachant et parfois controversé, sa venue au Festival de La Rochelle sera l’occasion d’une Leçon de musique au cours de laquelle il évoquera bien sûr Jacques Doillon… mais expliquera également, à l’aide d’extraits, à quel point la musique est une forme d’écriture du cinéma. Il a travaillé avec Claude Sautet, Marco Ferreri, Bertrand Tavernier, André Téchiné, Robert Bresson, Roman Polanski, Bertrand Blier, Alain Corneau, Costa-Gavras, Alexandra Leclère, Bruno Podalydès…
Spécialiste de la musique à l’image, Stéphane Lerouge est concepteur de la collection discographique Écoutez le cinéma ! chez Universal Music Jazz France, programmateur musical du Festival Musique et Cinéma d’Auxerre (2000-2008), auteur de L’Alphabet des musiques de films (Gallimard, 2000) et Conversations avec Antoine Duhamel (Textuel, 2007).
Pour Jacques Doillon, Philippe Sarde a mis en musique : Un sac de billes, La Pirate, La Tentation d’Isabelle, Comédie !, La Puritaine,
Le Petit Criminel, Le Jeune Werther, Ponette, Raja.
Si les acteurs sont de bons instrumentistes, on doit pouvoir « musiquer » le film avec la beauté de leur seule voix. A priori, j’ai déjà beaucoup de musique dans mes films, beaucoup de musique du côté des paroles. Il n’est pas utile d’en rajouter. Pourtant, voilà vingt ans que je collabore avec Philippe Sarde. Pour quelqu’un qui n’aime pas trop la musique au cinéma, c’est plutôt pas mal. On s’est rencontré sur Un sac de Billes. Un film « familial de fin d’année » sans musique n’était pas concevable. Un concertina, un saxo soprano, une petite ritournelle et le tour était joliment joué.
Depuis, nous nous retrouvons régulièrement. Un film sur deux est sans musique, l’autre c’est quelque chose comme : « Tu sais, Philippe, cette fois-ci, je ne suis sûr d’aucune musique… Mais, regarde quand même le prémontage et dis-moi s’il faut une note par-ci ou par-là… Mais si c’est avec musique, c’est quasiment rien… » C’est sur ce quasiment rien que Philippe travaille. Il me demande quelle musique pré-existante aurait pu me traverser la tête à un moment ou à un autre du film. Pour Ponette, c’était Debussy, sans doute pour la légèreté (manquait peut-être la verticalité)… Philippe veut éventuellement savoir quels instruments je voudrais entendre. C’est comme s’il voulait me faire croire que, pour un peu, j’écrivais la musique du film. Pour beaucoup, c’est lui et seulement lui. Ecoutez les musiques de Barocco, de Tess ou de La Pirate et, immédiatement, le Philippe Sarde est repéré, débusqué, identifié.
Or, de ce « presque pas de musique » demandé, Philippe en compose une demi-heure. Douze à quinze minutes finiront leur vie à jamais dans le film. J’en suis ravi et voilà pourquoi Philippe a écrit les partitions pour neuf de mes films. Et puis, il faudrait dire combien la collaboration avec Philippe est agréable. Comme toujours, on parle (un peu) de musique et l’essentiel, le très indispensable, ce sont deux commères au travail. Et, en studio, je retrouve le côté immédiat, spontané du tournage. Philippe aime se retourner vers moi : « Dis-moi, Jacques, si on accélérait légèrement le tempo ? ». Moi : « Et si on faisait jouer le thème au violoncelle seul ? ». On n’a pas de problème d’égo. On continue de s’amuser à l’enregistrement. Et c’est très bien ainsi.
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