

Le Festival de La Rochelle honore Éric Rohmer. Rencontre avec la comédienne Béatrice Romand, qui fut son interprète et sa muse principale.
Le Festival international du film de La Rochelle rend au cinéaste Eric Rohmer, disparu en janvier dernier Béatrice Romand, qui y participe, a donné un ton irréfutable à son oeuvre Du Genou de Claire (1970) à Conte d'automne (1998) en passant par le Beau Mariage (1982) Nous l'avons rencontrée à cette occasion J'ai appris que, dès votre enfonce, vous étiez attirée par la creativité...
Comment êtes-vous « arrivée » à Rohmer? BÉATRICE ROMAND. La danse répondait à un besoin de m' « envoler » J'avais une passion pour les études maîs j'ai eu dix-sept maisons et autant d'écoles À douze ans j ' allais à la Scola Cantorum et à quatorze ans, grâce à Alain Delon, sur les tournages du Samouraiel A'Adieu l'ami, j'ai rencontre un reporter II m'a appris la photo À quinze ans, j'allais au cours Simon maîs c'est alors que je proposais une de mes photos à Zoom que j'ai su que Rohmer cherchait une jeune actrice.
Comment cela s'est-ll passé avec Rohmer? BÉATRICE ROMAND. C'était le 21 janvier 1970 J'avais dix sept ans Je ne savais rien de lui C'était rue de Bourgogne, chez arbet Schroeder II y avait un long couloir et l'on pouvait voir au fond Rohmer assis à son bureau II y avait des pipes à opium au-dessus «Je nageais dans sa véritable aisance qui n'est pascalle du fne mais celle delà pensée Je l'ai alors aimé.» de sa tête - Barbet préparait More II m'a parlé de cette fascination pour un genou et m'a fait lire la scène de « la roseraie » Ce que j'ai fait à toute pompe J'avais peur et voulais partir Pour moi quelqu'un qui discutait sur une articulation pendant une heure et demie avait un gros problème Quand j'ai découvert le Genou de Claire, je lui ai été d'une reconnaissance sans fin Je nageais dans la véritable aisance qui n'est pas celle du fric mais celle de la pensée Je l'ai alors aimé En trois rotes essentiels et quèlques petits, vous incarnez le tnn Rohmer ou l'art de dire « non»...qui permet une recherche de la vérité pour aboutir à quelque chose de l'ordre du secret, de la beauté du trouble... BEATRICE ROMAND. Moi, j'étais toujours dans le « non » Nous avions en commun une impuissance dans la quête de nousmêmes II n'y a qu'un seul mystère, celui des portes ouvertes Si je n'ai pas été capable d'être sa comédienne principale, je suis certainement, comme vous le laissez entendre, sa muse principale Ce qu'il a exploité en moi est mon impossibilité à être femme De ce doute torturant est apparue la fraîcheur
Est-ce cette complicité qui fait, alors que vous avez travaillé avec Losey, Lizzanl ou Peter Zadek, que vous semblez avoir tourne « juste » avec Rohmer? BÉATRICE ROMAND. Quand j'ai joué dans Themroc, de Claude Faraldo, Rohmer était furieux et m'a dit que j'étais la «paillasse »de Piccoli Ce mécontentement m'a bloquée Je n'avais pas de plan de camère Quand on est pauvre, on aspire à la connaissance J'avais vingt ans, j'ai épousé un normalien et Rohmer m'a « servi » de père à mon mariage II m'en a voulu que je parte vivre en Inde II me proposait Catherine de Heilbronn Comment les choses ont-elles évolué avec Rohmer? BÉATRICE ROMANO. Revenue d'Inde, veuve, il m'a proposé le Beau Mariage C'était le rôle qu'il voulait jouer auprès de moi et que je lui ai refusé Son jeu a consisté à me cerner avec une caméra J'ai tellement travaillé que j'ai été soulagée de recevoir, des mains de Vittono Gassman, le prix d'interprétation féminine à Venise, à la Fenice C'était un moment de cristal, de communion extrême Maîs lui m'a refusée Quelque chose s'est cassé et, seule, j'ai ressenti le besoin d'écrire Jusqu'à être une actrice qui réalise des films.
LA ROCHELLE, TOUT COMMENCE
Incontournable rendez-vous cinéphflique de ce début d'été pour te sand public, te Festival International du film dè U Rochelle, 38" du nom, a ouvert ses portes hier soir avec la présentation de l'Attire, de Julie Bertuccelli. Aujourd'hui, début des rétrospectives avec Éric Rohmer. À16 h 15 au Théâtre Verdlère la Coursive, table ronde animée par Alain Bergala avec Béatrice Romand, Marie Rivière, Rosette, Diane Baratier, Françoise Etehegaray, Paul Virilio, André S. Labarthe. Suivront Greta Carta, Sia Kazan, Serguei Dvortsevoy, Pierre Étalx (nous y reviendrons), Peter Liechti, lucien Pintilte dès demain, Ghassan Salhab, Georges Deterue et le nouveau cinéma Indien. Sans oublier les nouveaux films et autres activités. J. R.
ENTRETIEN REALISE MR MICHÈLE LEVIEUX