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08/07/2010 - Télérama - Etaix de nouveau en piste

Durant des années, les amis de Pierre Etaix se sont battus pour résoudre un imbroglio juridique kafkaïen qui l'empêchait de montrer ses films. Mais les voilà - ouf ! - qui ressortant - enfin ! -, restaurés, vivifiés, magnifiques... Point commun des  trois courts métrages et des cinq longs qu'il aura tournés en dix ans (de 1961 à 1971) : la lutte doucereuse et implacable  d'un individu silencieux, sérieux et décalé (qu'il interprète luimême) avec la dure loi de la gravité. Car, dès Rupture, son  premier court, alors que le héros essaie simplement d'écrire une lettre, on ne compte plus le nombre et la variété d'objets  qui, sans qu'il puisse les maîtriser, chutent autour de lui au point de transformer sa chambre en zone dévastée. Lui-même, d'ailleurs, victime d'un rocking-chair particulièrement malveillant, passe, soudain, par la fenêtre... Dans l'un des sketches  de Tant qu'on a la santé, c'est presque pire : le bruit infernal d'un marteau piqueur fait s'effondrer, tour à tour, un kiosque à  journaux, la photographie d'une femme dans unepoubelle, des pétales de fleurs et même les notes de musique d'une  partition... Pour échapper à un monde qui semble le tirer vers le bas, toutes les silhouettes « étaixiennes » n'ont d'autre  recours que l'évasion. Sagement couché dans une chambre conjugale qui ressemble à un tombeau ouaté, le héros du Grand Amour sent brusquement son lit glisser et traverser l'espace pour les emmener, lui et la (trop) jeune femme dont il est tombé amoureux, sur les routes de l'imaginaire...

Le milliardaire de Voyo fuit, lui aussi. Son château empesé et ses  domestiques  faussement stylés qui semblent sortir d'une chanson de Trenet. C'est au coeur d'un petit cirque familial qu'il  trouvera le bonheur, tout étonné de voir son fils, devenu clown célèbre, tenter de regagner le palace qu'il avait eu tant de  mal à quitter... Voyo est, de loin, le chef-d'oeuvre de Pierre Etaix et, de toute évidence, un chef-d'oeuvre tout court.  Hommage léger, aérien à ses deux amours - le cirque et un burlesque à mi-chemin entre Buster Keaton et Max Linder -, le  film, coécrit par Jean-Claude Carrière, surprend avec ironie les pièges que l'on se tend, les prisons dans lesquelles on  s'enferme. D'où les apparitions indispensables d'un éléphant surréaliste, hautement surréaliste, qui emporte un enfant, puis  n vieux gamin, vers une liberté qu'ils n'espéraient plus...

PIERRE MURAT Hommage a Pierre Etaix au Festival cle La  Rochelle (jusqu au ll juillet) Réédition de ses courts et longs métrages en salles, a Paris et en province