« Merci d’être venu »

Sophie Mirouze et Arnaud Dumatin, délégués généraux du Fema

Voici le titre du nouveau film d’Alain Cavalier. Un cinéaste que nous chérissons et dont nous attendons chaque film comme un rendez-vous. Celui-ci sera son dernier. Après avoir sillonné la France et ses salles de cinéma pendant plus de soixante ans, à la rencontre de son public bien-aimé, Alain Cavalier a choisi de poser sa caméra. À près de 95 ans, il nous fait un cadeau. Une merveille. Un film plein de rencontres et de vies, de poésie, d’amour et d’amitié. À partir de rushes encore jamais montés, il revient – avec ses deux complices, le monteur Emmanuel Manzano et la réalisatrice Zoé Chantre – sur sa vie de cinéaste, sur les personnes qui ont compté (Françoise, ses deux Catherine, Vincent, etc.) et avec lesquelles il a fabriqué ses films tel un artisan, en toute indépendance, caméra à la main. Son sens de l’observation, sa curiosité et sa tendresse nous accompagnent depuis tant d’années. Sa voix douce et pleine de malice, presque chuchotée, semble nous murmurer à l’oreille. Il a créé une intimité entre lui et nous, ce public qu’il remercie dans le titre du film que nous avons la joie de vous présenter. Il est et restera notre filmeur.

Il fait partie de ces cinéastes auxquels nous sommes très attachés et qui aiment le Fema. Comme Dominik Moll qui revient, trente-trois ans après sa venue à La Rochelle pour la projection de son tout premier long métrage, Intimité. Comme Yolande Moreau et Gilles Porte, de retour avec Quand la mer monte, ou également Christophe Honoré qui ouvre cette édition avec son très beau film choral Mariage au goût d’orange, une fête de famille joyeuse et mélancolique, discrètement autobiographique. D’autres amis du Fema nous rejoignent comme Arthur Harari, Julie Bertuccelli, Yves Jeuland, Jean-Gabriel Périot et bien d’autres.

Au Fema, il y a des premiers et des derniers films, des intégrales, de quoi vous rassasier avec 160 longs et 75 courts métrages programmés. Pendant cette 54e édition, vous avez le choix entre les filmographies de Youssef Chahine, de Jacques Tati et de Leida Laius, mais aussi celles de Nanni Moretti, de Cristian Mungiu, de Dag Johan Haugerud, de Regina Pessoa et Abi Feijó, ou encore de Léa Mysius. Vous pouvez admirer Diane Keaton et Javier Bardem, mais aussi découvrir des premiers films comme La Gradiva de Marine Atlan ou Vesna de Rostislav Kirpičenko qui nous ont éblouis.

Pendant neuf jours, nous ne vivons pas en dehors du monde, isolés, mais dans un monde vu par des cinéastes du monde entier, d’époques différentes, de genres différents. Leurs films nous accompagnent, leurs regards nous guident. Celui d’Emmanuel Marre nous a saisis et questionnés quand nous avons découvert, au Festival de Cannes, son deuxième film, Notre salut. Nous n’avons pas fini d’explorer l’audace et la liberté de cette œuvre politique, anti-fresque historique, chronique de la collaboration ordinaire. Un film inclassable sur le régime de Vichy avec une sensation troublante de présent qui réinvente le genre historique et nous interroge sur notre époque. À moins d’un an des élections présidentielles, à l’heure des attaques récurrentes à l’encontre du CNC, de la remise en cause du service public et d’une liste noire dans la profession suite à une tribune dénonçant une inquiétude grandissante de l’emprise du milliardaire Vincent Bolloré dans le cinéma, il est plus que jamais nécessaire de partager de telles œuvres et d’élever nos voix.

« Merci d’être venu », cher public du Fema. Nous avons besoin de vous, de votre fidélité et de votre soutien.